Trois questions à Rodolphe Belmer, Président d’Auteurs Solidaires

 

C’est la première fois que vous présidez un Fonds de dotation. Quelles sont les raisons qui vous ont motivé à accepter cette fonction ?

C’est vrai que c’est la première fois que je préside un Fonds de dotation.

La première raison vient du fait que je suis très proche des auteurs. Cette proximité tient une place importante, j’y suis très attaché. C’est pour cela que j’entretiens depuis des années des relations très régulières et aussi fréquentes que possibles avec les auteurs. Je rencontre à ce titre fréquemment la SACD, en la personne de son Président Jacques Fansten et également de son Directeur Général Pascal Rogard. J’ai eu par ailleurs l’occasion de participer à de nombreuses rencontres et échanges auprès des auteurs pour présenter notamment la politique en matière de fiction, ses enjeux actuels, etc.

Ensuite, ce fonds m’intéresse de par son objet, à savoir la réalisation de missions d’intérêt général. Je partage cette volonté commune de réfléchir à de nouvelles pratiques culturelles solidaires et de mettre en œuvre des projets à la dimension à la fois philanthropique, sociale et culturelle.

Enfin, la troisième raison se trouve dans les projets que « Auteurs Solidaires » porte et qui sont non seulement très novateurs mais particulièrement nécessaires à notre époque.

Ces trois raisons m’ont conduit naturellement à franchir le pas et à accepter de présider « Auteurs Solidaires ».

 

Quels sont les futurs défis à venir pour Auteurs Solidaires ?

Nous souhaitons nous développer et multiplier les projets.  Les défis à venir sont de deux ordres, à la fois créatif et financier. 

D’un point de vue financier, le premier défi à venir est de pérenniser des financements significatifs en associant sur nos actions à venir de nouveaux partenaires. Acquérir de nouveaux mécènes nous permettra d’englober l’ensemble des secteurs de création défendus par la SACD.

D’un point de vue créatif, l’un de nos enjeux est de faire grandir et rayonner ce fonds de dotation de manière à ce qu’il puisse avoir une existence forte dans le monde de la culture et de la création.

 

En conclusion, si vous deviez présenter Auteurs Solidaires en trois mots,  lesquels choisiriez-vous ?

Il faudrait beaucoup plus que trois mots pour présenter « Auteurs Solidaires »  mais je me prête avec plaisir à l’exercice d’en retenir trois :

 Création, Ambition et Générosité !

Ces trois mots peuvent apparaître au premier abord antagonistes : la création est souvent perçue comme un acte individuel  et « Ambition et Générosité » peuvent sembler irréconciliables… mais ils forment selon moi un cocktail singulier – d’autant plus intéressant – très proche de la raison d’être d’Auteurs-Solidaires !

 

Entretien du 27 mars 2017
Photo © Rémy Cortin

Entretien avec Jacques Fansten, fondateur d’Auteurs Solidaires

Jacques FanstenPourquoi avez-vous créé Auteurs Solidaires ?

Les auteurs sont d’abord des citoyens qui, comme tout un chacun, s’inquiètent du délitement du lien social et des pertes de repères.

Depuis longtemps, nous réfléchissons collectivement, notamment à la SACD, sur la possibilité d’imaginer et d’organiser une intervention sociale des auteurs, avec notre conviction que la culture – ce qui nous fonde et nous construit ensemble et individuellement – et les pratiques culturelles – chacun doit pouvoir s’exprimer – offrent des réponses essentielles.

Parallèlement, nous connaissons la fragilité de nombreux auteurs qui, au gré de leurs parcours, peuvent se retrouver isolés. Nous nous interrogions sur des initiatives de solidarité et sur la façon dont nous pourrions les accompagner en leur proposant de se régénérer par de nouvelles pratiques et de nouvelles rencontres.

Peu à peu, en réunissant ces deux préoccupations, est né le principe d’Auteurs Solidaires : proposer à des auteurs professionnels de mettre leur talent et leur expérience au service de populations plus ou moins éloignées de la vie culturelle, en encadrant des projets novateurs de créations partagées et, pour ce faire, s’associer à des mécènes, désireux de soutenir l’utilité sociale de ces initiatives différentes et ambitieuses.

Quels sont ces projets plus précisément ?

La première année, deux projets vont démarrer  simultanément à Marseille. Raconte-moi ta vie s’adresse à des collégiens, autour de la transmission et des racines : les emmener à la découverte de la vie passée de parents ou de proches, puis leur proposer de s’en inspirer pour imaginer une création. Le projet s’étendra sur les 10 mois de l’année scolaire. Un cirque dans ma tête s’adresse à des jeunes handicapés : leur faire découvrir le cirque, puis permettre à chacun de concevoir un numéro qui sera réellement représenté. Une aventure qui les portera pendant 18 mois.
De nombreux autres projets, dans différentes régions, sont en cours d’élaboration et de recherche de financement.

Combien d’auteurs sont-ils impliqués ?

Une vingtaine d’auteurs se sont investis pour créer Auteurs Solidaires et concevoir les projets. Dans le concret des deux premières initiatives, une quinzaine d’auteurs vont travailler auprès des jeunes concernés pendant plus d’un an.
L’ambition est que, par la suite, les projets se multipliant, de très nombreux auteurs, de théâtre, audiovisuel, cirque, danse, musique, etc … y participent.

Combien de bénéficiaires ? Quels publics sont concernés par vos premières actions ?

La première année, deux classes de 4ème, soit une cinquantaine d’élèves, seront touchés par Raconte-moi ta vie. Une vingtaine de jeunes handicapés seront eux concernés par Un cirque dans ma tête. Et nous voulons fortement développer ces chiffres dans les années qui viennent.

En conclusion, si vous deviez présenter Auteurs Solidaires en trois mots ?

Puisque nous sommes dans le partage, je choisis plutôt des couples de mots :

Engagement et solidarité.
Échange et Transmission.
Création et pratiques culturelles.

 

Entretien du 12 septembre 2016
Photo : Maxime Grossier